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Bad Buzz : quels recours pour les marques quand leurs employés dérapent sur les réseaux ?

Vous en avez surement entendu parler en ce début d’année : la saison des « Bad Buzz » aura débuté plus vite que prévu en France. Dès le 1er jour de l’année, une employée de l’entreprise Le Slip Français a posté des vidéos d’elle même et de ses amis sur son compte Instagram (privé), arborant avec « humour » le tristement célèbre « BlackFace » ayant déjà fait parler de lui au cours des années passées. On se rappellera notamment du cas du footballeur français Antoine Griezmann il y a maintenant plus de deux ans.

Rapidement repérée et relayée par différentes pages de lutte contre le racisme (et notamment par le compte @maisnoncestpasraciste et ses près de 39000 abonnés), la publication commence à faire parler d’elle environ 24h plus tard et les réactions sont virulentes. En moins de 3 jours, ce sont plus de 86000 tweets qui sont publiés avec le hashtag #BoycottSlipFrancais. Trop tard, même la presse s’empare de l’affaire et la rend publique au delà de la sphère des réseaux sociaux.

La réaction de la marque ne s’est pas faite attendre. Moins de 24h après le partage de cette publication par @maisnoncestpasraciste, elle publie un communiqué de presse où elle se dédouane complètement de ce comportement et où elle affirme avoir pris des sanctions à l’encontre des salariés concernés.

Au delà du trouble que cette histoire jette sur la marque, cette affaire soulève une question déjà posée à plusieurs reprises au cours de la décennie passée : dans quelle mesure des salariés représentent leur entreprise quand ils s’expriment sur les réseaux sociaux dans la sphère privée ?

Il est de plus en plus clair qu’aujourd’hui, la frontière entre sphère professionnelle et personnelle est devenue très floue. On recense de nombreux cas de personnes ayant été licenciées après avoir proféré des insultes ou pour avoir harcelé des collaborateurs sur les réseaux sociaux sur leur temps personnel (et donc hors du cadre professionnel). On peut par exemple penser à l’affaire de la « Ligue du Lol » dans laquelle plusieurs journalistes ont été licenciés de leur rédaction respective après avoir été accusés de harcèlement sur les réseaux sociaux. Des licenciements validés par la Cour de cassation.

En 2017, c’est Radio France qui s’était retrouvée au cœur d’un scandale concernant ses RH : les annotations des rédacteurs en chef à propos de journalistes, candidats à des postes de courte durée, avaient été rendues publiques, par erreur. Des commentaires jugés méprisants qui avaient été relayés sur les réseaux sociaux ainsi que dans les médias.

Les entreprises ne sont pas « légalement responsables » des agissements de leurs salariés hors du contexte professionnel. Pour autant, ne doivent-elles pas sanctionner ce type de comportement ? Le droit est clair à ce sujet : on peut licencier quelqu’un pour faute professionnelle, mais on ne peut pas le faire pour des agissements dans le cadre d’une affaire privée. Cela étant, il existe des exceptions et une jurisprudence peut intervenir dans certains cas, et notamment si il est avéré que ces comportements ont, ou auront, un impact sur l’entreprise ou sur son image.

Cela signifie que l’on sort du cadre du droit pour poser une question qui dépasse de loin le cadre légal : quelles sont les limites de la responsabilité d’une entreprise vis à vis des ses collaborateurs ? La question de l’éthique est donc au coeur de cette problématique et on peut s’attendre à assister à ce type de crise de manière répétée dans les années à venir. Il n’y a pas de réponse unique à cette problématique, tout dépend du type de comportement mis en cause et du choix de la prise de parole de l’employeur qui s’en suit pour défendre son image et ses valeurs. Nous pouvons seulement être sûrs d’une chose : c’est que ce sujet risque de continuer à donner du fil à retordre aux équipes de communication de crise pour cette nouvelle décennie.

En tout cas qu’ils soient sanctionnés ou non par leur employeur, les salariés responsables d’incitation à la haine, à la discrimination ou à la violence raciale encourent un risque de poursuite, allant de la simple amende à la peine de prison dans les cas jugés les plus graves. À bon entendeur.